Le décès de Rolland Courbis a plongé le football français dans une émotion profonde et durable. À 72 ans, l’une des voix les plus singulières du jeu s’est éteinte, laissant derrière elle un héritage sportif, humain et médiatique hors norme.

Figure charismatique, entraîneur sauveur, consultant passionné, Courbis incarnait une certaine idée du football français, faite de passion brute, de récits et de convictions assumées. Son départ brutal, survenu le 12 janvier 2026 à l’aube, marque la fin d’un roman vivant.
Un Marseillais façonné par le football et la rue
Né le 12 août 1953 à Marseille, dans les quartiers Nord, Rolland Courbis grandit entre Saint Antoine et les Aygalades. Fils d’un policier marseillais et d’une mère au foyer, il découvre très tôt le football comme une échappatoire et un terrain d’expression. Défenseur central rugueux, solide, respecté, il se forge une réputation d’homme dur mais loyal.
Formé à l’Olympique de Marseille, il débute professionnellement en 1971 et participe à l’épopée victorieuse de 1972. Champion de France et vainqueur de la Coupe de France, il s’inscrit rapidement dans la tradition des défenseurs à l’ancienne. Pourtant, son parcours de joueur dépasse les frontières françaises avec un titre de champion de Grèce à l’Olympiakos.
Sochaux puis Monaco marquent sa maturité footballistique. Avec l’ASM, il empile les titres et les matchs, devenant un cadre respecté du vestiaire. À Toulon, il termine sa carrière en 1983, déjà attiré par les bancs et le commandement.
L’entraîneur pompier devenu figure centrale des bancs
Très tôt, Rolland Courbis embrasse une carrière d’entraîneur longue de plus de trente cinq ans. À Toulon, à seulement 33 ans, il sauve le club d’une situation compromise et impose un style direct, exigeant, humain. Ce surnom de pompier des bancs le suivra toute sa vie.
À Bordeaux, il croise la route d’un jeune Zinédine Zidane. Plus que des résultats solides, deux quatrièmes places, il laisse une empreinte indélébile. C’est lui qui invente le surnom Zizou, presque par instinct. Zidane, plus tard, reconnaîtra toujours ce rôle fondateur, sportif et humain.
Mais attention, le sommet de sa carrière reste son passage à l’Olympique de Marseille. De 1997 à 1999, Courbis fait vibrer le Vélodrome. Vice champion de France à un point près, finaliste de la Coupe UEFA face à Parme, il redonne une identité forte à l’OM. Le match OM Montpellier du 22 août 1998 devient une légende nationale, symbole de son audace et de sa foi dans le groupe.
Cette période forge définitivement sa stature. Même après sa démission, son aura ne le quitte plus.
Les renaissances successives et l’art du sauvetage
Après Marseille, Courbis ne disparaît jamais vraiment. À Lens, Ajaccio, Montpellier, Rennes ou Caen, il arrive souvent dans l’urgence. À Ajaccio, il réalise l’un de ses plus grands succès en remportant la Ligue 2 en 2002. Pour beaucoup, c’est sa revanche personnelle après les tourments judiciaires et les suspensions.
À Montpellier, il sauve le club d’une relégation quasi certaine puis le ramène en Ligue 1. Plus tard, il frôle l’Europe lors de son second passage. À Rennes, en 2016, il relance un jeune Ousmane Dembélé, futur Ballon d’Or, et place brièvement le club aux portes du podium.
Pourtant, ses parcours se terminent souvent dans la difficulté. Usure, contexte instable, attentes démesurées. Mais ce n’est pas tout. Courbis accepte aussi des missions à l’étranger, en Algérie notamment, où il remporte la Coupe d’Algérie et la Coupe de l’UAFA avec l’USM Alger, prouvant encore sa capacité d’adaptation.
Une vie marquée par le drame et la résilience
Le 29 mars 1996, Rolland Courbis frôle la mort. Sur le parking du stade de Hyères, une fusillade éclate. Touché à l’abdomen par une balle perdue, il survit miraculeusement. Son ami Dominique Rutily est tué sur place. Cet épisode, jamais élucidé, laisse une trace indélébile.
Courbis en parlera toujours avec pudeur et lucidité. “Ce n’était pas mon soir pour mourir”, confiera t il plus tard. Cette expérience renforce son rapport au temps, à la passion et à la parole. Il sait désormais que chaque match, chaque émission, peut être la dernière.
Cette conscience de la fragilité nourrit son style, parfois excessif, souvent sincère, toujours incarné.
Le consultant devenu voix populaire du football
À partir de 2005, Rolland Courbis devient une figure majeure des médias. Sur RMC, pendant près de vingt ans, Coach Courbis séduit par son franc parler, son accent marseillais et ses analyses pédagogiques. Il raconte le football comme une histoire vécue, jamais théorique.

À la rentrée 2024, il rejoint L’Équipe du Soir. Rapidement, il s’impose comme une voix respectée et attendue. Anecdotes, formules, passion intacte. Son dernier passage public, le 26 décembre 2025, est bouleversant. Il rend hommage à Jean Louis Gasset, disparu le même jour, avec une émotion palpable.
Seize jours plus tard, le décès de Rolland Courbis frappe tout le milieu. Les hommages affluent, de Zidane à Deschamps, de la FFF aux clubs qu’il a marqués. Tous saluent un personnage unique, attachant, parfois excessif, mais profondément humain.
Le décès de Rolland Courbis, un héritage durable
Le décès de Rolland Courbis ne clôt pas seulement une carrière. Il referme un chapitre singulier du football français. Celui d’un homme qui a vécu le jeu comme une aventure, avec ses drames, ses triomphes et ses renaissances.
Courbis laisse une trace partout où il est passé. Dans les vestiaires, dans les stades, derrière les micros. Son héritage dépasse les palmarès. Il réside dans cette capacité rare à transmettre la passion, à raconter le football avec chair et vérité.
Et pourtant, le football continue. Déjà, une nouvelle génération s’interroge sur ceux qui reprendront le flambeau médiatique et émotionnel laissé vacant par ce géant du verbe.
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