Collectif Ultras Paris, portrait d’un mouvement structurant

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Le Collectif Ultras Paris occupe une place centrale dans le paysage du supportérisme français. Depuis 2016, le mouvement façonne l’ambiance du Parc des Princes et influence durablement l’identité populaire du PSG. Entre ferveur, organisation, controverses et engagement social, le Collectif Ultras Paris dépasse largement le cadre des tribunes.

Le retour progressif des chants au Virage Auteuil a marqué une rupture symbolique après des années de silence. Pourtant, derrière les tifos et les déplacements européens, se cache une structure complexe, parfois contestée, toujours observée.

Collectif Ultras Paris, portrait d’un mouvement structurant

Aux origines du Collectif Ultras Paris, une réunification attendue

Le Collectif Ultras Paris naît le 23 février 2016 dans un contexte lourd. Six années se sont écoulées depuis l’instauration du plan Leproux. La mort de Yann Lorence en 2010 a provoqué une rupture brutale entre le club et ses supporters les plus fervents. Beaucoup n’ont jamais accepté cette mise à l’écart.

Entre 600 et 700 ultras issus du Virage Auteuil décident alors de se regrouper. L’objectif est clair. Parler d’une seule voix. Revenir au stade. Redonner une âme populaire au Parc des Princes. Pourtant, rien n’est acquis.

La première apparition officielle intervient le 1er octobre 2016 contre Bordeaux. Environ 200 ultras sont autorisés en tribune. La victoire 2-0 passe presque au second plan. Ce soir-là, le symbole est plus fort que le score.

Ce retour progressif débouche sur une étape décisive. Le 11 août 2017, une convention est signée avec le PSG. Les abonnements ultras reviennent au Virage Auteuil. Le Collectif Ultras Paris devient un interlocuteur reconnu, sans perdre son identité contestataire. Mais attention, cette reconnaissance impose aussi des contraintes nouvelles.

Une organisation interne solide et une croissance continue

Dès ses premières saisons, le Collectif Ultras Paris affiche une montée en puissance impressionnante. En 2016-2017, environ 2 800 membres sont recensés. Le chiffre progresse régulièrement, porté par le retour de l’ambiance et l’attrait retrouvé du virage.

En juin 2024, une session de cartage marque les esprits. Plus de 3 800 adhésions sont enregistrées en une journée. Un record absolu. Fin 2024, le collectif franchit la barre symbolique des 4 400 adhérents. Un seuil considéré comme historique en interne.

Le financement repose uniquement sur les cotisations. Vingt euros par membre. Avec 4 400 adhérents, le budget annuel atteint 88 000 euros. Cette somme sert principalement à concevoir les tifos, financer le matériel et organiser les animations.

Le Collectif Ultras Paris regroupe sept entités distinctes. La K-Soce Team rassemble Jeunesse K-Soce, Old Block 1993 et Tigris Mystics. Porte 411 prolonge l’héritage des Microbes 2006. Liberté pour les Abonnés défend une vision militante du supportérisme. Nautecia Paris, Combat Continue, Parias Cohortis et Urban Paris UP17 complètent l’édifice.

À la tête du collectif, Romain Mabille incarne une figure médiatique forte. Souvent critiqué, souvent exposé, il assume ce rôle central. En 2024, il dément fermement toute rémunération par le PSG. Selon lui, aucune personne du Collectif Ultras Paris n’est payée par le club.

Collectif Ultras Paris,

Le Virage Auteuil, puis l’expansion vers Boulogne

Depuis sa création, le Virage Auteuil reste le cœur battant du Collectif Ultras Paris. C’est là que se concentrent les chants, les tifos et l’identité du mouvement. Mais la popularité croissante pose un problème concret. La liste d’attente s’allonge.

En 2025, le collectif annonce une décision stratégique. Une implantation partielle en Tribune Boulogne. Environ 500 nouveaux adhérents sont autorisés dans la partie haute. Le PSG valide ce projet, évoquant une dynamique complémentaire.

Le club estime même que cette configuration à deux tribunes animées a déjà eu un impact positif lors de grands matchs européens. Pourtant, cette expansion ne fait pas l’unanimité. Certains anciens militants parlent de reniement des principes fondateurs. Pour eux, quitter Auteuil, même partiellement, fragilise l’identité originelle.

Le nombre exact de supporters présents à chaque match n’est jamais communiqué. Ce flou alimente les débats. Pourtant, l’influence sonore du Collectif Ultras Paris reste indiscutable. Le stade vibre à nouveau. Et ce n’est pas tout.

Chants, tifos et identité sonore affirmée

L’hymne officieux du collectif naît dès 2016. Tous ensemble on chantera devient rapidement un marqueur identitaire. Le chant accompagne le retour progressif des ultras après le plan Leproux. Simple. Puissant. Fédérateur.

Au fil des saisons, ce refrain dépasse le cadre du Parc des Princes. Lors de la finale de Ligue des champions 2025 à Munich, il est repris par des milliers de supporters parisiens. L’image frappe les observateurs européens. La ferveur parisienne retrouve une visibilité continentale.

Les tifos constituent l’autre signature du Collectif Ultras Paris. Chaque animation mobilise des semaines de préparation. Les banderoles mêlent références culturelles, messages engagés et esthétique visuelle forte. Certains tifos sont partiellement réutilisés. D’autres sont conçus pour un seul soir.

Le coût varie selon l’ampleur. Les cotisations financent l’essentiel. Parfois, la frontière entre expression artistique et message politique devient floue. Pourtant, ces animations participent à l’identité du mouvement. Elles racontent une histoire collective, souvent assumée, parfois controversée.

Collectif Ultras Paris, portrait d’un mouvement structurant CUP

Engagement social et rôle citoyen affirmé

Le Collectif Ultras Paris ne se limite pas aux tribunes. Dès 2016, une branche solidaire voit le jour. CUP Solidarité devient un pilier discret mais actif du mouvement.

Des maraudes hebdomadaires sont organisées à Paris, des soirées pizzas et des visionnages de matchs sont proposés à des enfants hospitalisés. Des collectes ponctuelles viennent compléter ces actions. Les budgets précis ne sont pas publics. Les résultats chiffrés non plus.

Pourtant, l’impact humain est reconnu par les bénéficiaires. Le site collectif-ultras-paris-solidarite.fr témoigne de cette volonté d’aider les personnes en difficulté. Cette dimension sociale nuance l’image parfois caricaturale du supportérisme ultra.

Mais attention, cet engagement ne protège pas le collectif des critiques. Certains estiment que ces actions servent aussi une stratégie d’image. D’autres y voient une sincérité militante. La vérité se situe probablement entre les deux.

Déplacements européens et reconnaissance internationale

Le Collectif Ultras Paris s’impose également par sa capacité à organiser les déplacements européens. Dès la campagne 2017-2018, les sorties à Glasgow et Madrid marquent les esprits. La presse étrangère salue la qualité de l’ambiance.

En 2024, environ 130 supporters se rendent à l’Emirates Stadium pour affronter Arsenal. L’organisation est saluée. La discipline est globalement respectée. Cette structuration tranche avec les débordements des décennies précédentes.

Cette évolution traduit une professionnalisation assumée. Le collectif cherche à prouver sa fiabilité. À montrer qu’un mouvement ultra peut exister sans chaos permanent. Pourtant, cette image policée n’efface pas les zones d’ombre.

Controverses, sanctions et relations tendues

L’histoire récente du Collectif Ultras Paris est jalonnée de polémiques. En 2020, des banderoles homophobes et sexistes lors du PSG OM provoquent une vague d’indignation. Les associations dénoncent une injure inacceptable. Le collectif parle de folklore. L’argument convainc peu.

En décembre 2022, le groupe Ferveur parisienne, affilié au collectif, est dissous par décret gouvernemental. Les motifs sont lourds. Violences, tentatives d’affrontements, armes par destination. Cette décision marque un tournant dans les relations avec les autorités.

En 2023, les tensions autour du départ de Neymar aggravent le climat. Des manifestations devant son domicile sont dénoncées, y compris par Romain Mabille. Le PSG sanctionne immédiatement. Quatre cent cinquante billets de déplacement sont désactivés.

En novembre 2024, le tifo Free Palestine lors du match contre l’Atlético Madrid déclenche une controverse nationale. Le Crif dénonce un appel à la haine. Le gouvernement intervient. Le club impose des sanctions inédites. Interdiction d’accès hors match. Suspension des tifos jusqu’à fin 2024. Contrôle renforcé des messages.

L’UEFA, pourtant, choisit de ne pas engager de procédure. Ce contraste alimente les débats sur la liberté d’expression dans les stades.

Collectif Ultras Paris, portrait d’un mouvement structurant

Accusations internes et fractures persistantes

En août 2025, Romain Molina publie une analyse vidéo accusatrice. Il évoque un business parallèle. Des pressions internes. Des violences envers des supporters dissidents. Il parle même de dictature informelle.

Le Collectif Ultras Paris conteste ces accusations. Certains membres reconnaissent néanmoins des tensions internes. Une gestion jugée autoritaire par certains. Aucun résultat d’enquête officiel n’est rendu public.

Par ailleurs, le groupe Karsud est exclu du collectif. Il revendiquait une filiation avec les Supras et Authentiks historiques. Cette exclusion illustre les fractures persistantes au sein du supportérisme parisien.

Le Collectif Ultras Paris reste ainsi un mouvement puissant mais fragile. Admiré. Critiqué. Observé.

Le prochain chapitre du supportérisme parisien s’écrira peut-être à l’échelle européenne, dans un contexte toujours plus surveillé.

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A propos Laurent M 259 Articles
Je m’appelle Laurent et je suis passionné de football depuis mon plus jeune âge. Ancien joueur en catégories de jeunes, j’ai rapidement compris qu’au‑delà du terrain, ce sont aussi les histoires, les tactiques et les trajectoires de carrière qui font la richesse de ce sport. Avec le temps, j’ai eu envie de passer de l’autre côté du jeu : celui de l’analyse, de l’écriture et de la transmission. Depuis septembre 2024, je suis rédacteur chez Topicfoot, où je m’attache à expliquer le football sous toutes ses dimensions. J’aime décrypter les matchs, analyser les choix tactiques des entraîneurs et proposer des dossiers de fond sur l’économie du football : transferts, salaires, stratégies de recrutement ou évolution des championnats. Mon objectif est de rendre accessibles des sujets parfois techniques, sans jamais sacrifier la précision. Dans mes articles, je m’efforce de croiser statistiques, ressentis du terrain et contexte historique pour offrir au lecteur une vision complète et nuancée du jeu. Je suis de près la Ligue 1, les grands championnats européens et l’essor de nouveaux projets footballistiques à l’international, avec une attention particulière pour les dynamiques de clubs sur le long terme. En dehors de la rédaction, je continue de jouer en amateur et je passe beaucoup de temps à regarder des matchs et analyser des séquences vidéo. Cette habitude nourrit directement mon travail d’écriture : chaque rencontre est une occasion de mieux comprendre le jeu… et de mieux le raconter aux lecteurs de Topicfoot.