Gabon CAN 2025 reste comme une cicatrice vive dans la mémoire collective. Après une élimination humiliante, le pouvoir politique a décidé d’intervenir frontalement.
La Coupe d’Afrique des Nations 2025 disputée au Maroc a fait basculer le football gabonais dans une crise profonde. Trois défaites, aucun point, et une réaction gouvernementale d’une rare fermeté. Le fiasco sportif s’est transformé en affaire d’État, révélant des fractures bien plus larges que le simple rectangle vert.

Une élimination qui dépasse le cadre sportif
Dès les premiers jours du tournoi, le malaise s’est installé autour des Panthères. Le Gabon entame sa CAN par une défaite face au Cameroun à Agadir. Le but encaissé dès la sixième minute donne le ton. L’équipe ne se relève pas. Quatre jours plus tard, le revers contre le Mozambique plonge le pays dans l’incrédulité. Pour la première fois de son histoire, la sélection mozambicaine s’impose en phase finale. Et ce n’est pas tout. Le dernier match face à la Côte d’Ivoire, pourtant riche en buts gabonais, se solde par une troisième défaite cruelle dans les dernières minutes.
Trois matchs, trois défaites, zéro point. Le Gabon termine dernier du groupe F. Cette place infamante contraste violemment avec les signaux positifs envoyés lors des éliminatoires de la Coupe du monde 2026. La chute est brutale, presque inexplicable. Pour beaucoup d’observateurs, cette CAN 2025 restera comme l’une des plus grandes désillusions du football gabonais.
Le symbole douloureux de la défaite contre le Mozambique
La rencontre face au Mozambique cristallise toutes les tensions. Menées, puis revenues au score, les Panthères s’effondrent défensivement. Les erreurs individuelles s’enchaînent. Le penalty concédé, les retards répétés, l’absence de leadership frappent les esprits. Cette défaite n’est pas anodine. Elle offre au Mozambique une victoire historique et renvoie le Gabon à ses propres limites.
Dans l’opinion publique, ce match agit comme un électrochoc. Les critiques se multiplient. Les anciens joueurs s’expriment. Les supporters parlent d’humiliation nationale. Le sentiment d’avoir touché le fond s’installe durablement.
Le pouvoir politique entre en scène
Face à la colère populaire, l’exécutif gabonais ne reste pas silencieux. Dès le 29 décembre 2025, le dossier du football s’invite au Conseil des ministres. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema livre une analyse sévère. Il évoque des manquements structurels persistants, une absence de méthode, une dispersion des ressources. Plus grave encore, il parle d’une érosion inquiétante de la fibre patriotique.
Le message est clair. Le football n’est pas un simple divertissement. Il représente une composante de l’âme nationale et un levier de cohésion. À travers Gabon CAN 2025, c’est l’image du pays qui a été écornée. Le chef de l’État annonce alors que des décisions fortes seront prises. Pourtant, à ce stade, rien ne filtre sur la nature exacte des sanctions.
Des mesures radicales annoncées publiquement
La réponse tombe entre le 31 décembre et le 1er janvier. Le ministre par intérim de la Jeunesse et des Sports, le Dr Simplice Désiré Mamboula, lit un communiqué officiel à la télévision nationale. Le ton est solennel, presque implacable. La vidéo, brièvement retirée puis remise en ligne, confirme la détermination du gouvernement.
Quatre décisions majeures sont annoncées. Le staff technique est dissous immédiatement. L’équipe nationale est suspendue jusqu’à nouvel ordre. Deux joueurs emblématiques, Bruno Ecuele Manga et Pierre Emerick Aubameyang, sont mis à l’écart. Enfin, la Fédération gabonaise de football est invitée à assumer pleinement ses responsabilités.
Ces annonces provoquent un séisme. Suspendre une sélection nationale reste exceptionnel à ce niveau. Dissoudre un staff en plein tournoi relève d’un geste politique fort. Le gouvernement assume une ligne dure, justifiée par une prestation jugée déshonorante.
Bruno Ecuele Manga, le capitaine sacrifié
Âgé de 37 ans, Bruno Ecuele Manga incarnait l’expérience et la stabilité défensive. Capitaine des Panthères, il disputait sa sixième Coupe d’Afrique des Nations. Son tournoi a pourtant viré au cauchemar. Face au Mozambique, ses difficultés sont apparues au grand jour. Retards, fautes grossières, penalty concédé. Le sélectionneur le sort dès la 51e minute.
La sanction gouvernementale dépasse le cadre sportif. Mettre à l’écart le capitaine envoie un signal fort. Personne n’est intouchable. Le passé européen du joueur, son parcours à Cardiff ou Dijon, ne pèsent plus. Le pouvoir veut incarner une rupture symbolique.
Pierre Emerick Aubameyang, entre club et nation
Le cas Aubameyang cristallise une autre tension. Meilleur buteur de l’histoire des Panthères, attaquant de l’Olympique de Marseille, il reste une icône nationale. Pourtant, sa CAN 2025 est marquée par une gestion complexe. D’abord incertain, puis décisif avec deux buts, il est finalement libéré par la sélection après le deuxième match pour rejoindre son club, en raison d’une fatigue musculaire.
Son absence contre la Côte d’Ivoire choque profondément. Pour le gouvernement, ce choix incarne un manquement patriotique. Le sélectionneur Thierry Mouyouma s’insurge en conférence de presse, rappelant l’importance mondiale de la CAN. Malgré cette défense, Aubameyang est mis à l’écart. Sur les réseaux sociaux, il réagit avec sobriété, affirmant que les problèmes du Gabon sont plus profonds que sa personne.
Thierry Mouyouma sous pression maximale
Nommé en octobre 2023, Thierry Mouyouma vivait sa première CAN comme sélectionneur. Avant même l’élimination, son travail divisait. Son manque d’identité de jeu, ses choix de convocations et l’absence d’équipe type alimentaient les débats. Certains joueurs appelés sans rythme compétitif ont suscité l’incompréhension.
Après Gabon CAN 2025, sa légitimité est fragilisée. Pourtant, le communiqué gouvernemental ne mentionne pas explicitement son limogeage. Le flou demeure. Le sélectionneur, silencieux depuis l’annonce des sanctions, se retrouve au cœur d’une tempête institutionnelle.
Une gouvernance du football remise en cause
Au delà des individus, c’est tout le système qui est pointé du doigt. Le gouvernement évoque une gouvernance défaillante, des responsabilités mal assumées, et un manque de vision globale. La Fédération gabonaise de football se retrouve directement interpellée. Pour beaucoup, cette crise révèle un décalage ancien entre les ambitions affichées et la réalité du terrain.
La suspension de la sélection pose aussi des questions juridiques. La FIFA et la CAF surveillent traditionnellement toute ingérence politique. À ce stade, aucune réaction officielle n’a été communiquée. Mais attention. Ce silence pourrait ne pas durer.
Entre risques institutionnels et espoir de refondation
Les conséquences de ces décisions sont lourdes. Le calendrier sportif est figé. Les contrats du staff dissous soulèvent des interrogations. Les partenaires économiques attendent de la visibilité. Pourtant, le gouvernement parle d’une refonte en profondeur du football national. Audit de la fédération, formation des jeunes, mécanismes de financement. Les intentions sont affichées, mais les modalités restent floues.
Gabon CAN 2025 devient alors un tournant. Un moment où l’échec sportif déclenche une reprise en main politique assumée. Le pari est risqué. Il peut ouvrir une ère de reconstruction. Il peut aussi fragiliser durablement l’autonomie du sport gabonais.
L’avenir dira si cette séquence marquera un renouveau ou un précédent dangereux. Une chose est certaine. Le football gabonais ne sortira pas indemne de cet épisode. Et pendant que le pays cherche un nouveau souffle, d’autres nations africaines préparent déjà les prochaines échéances continentales.
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