Pourquoi 11 joueurs au football ? Cette question traverse les tribunes, les écoles de jeu et les discussions d’après match. Derrière cette évidence apparente se cache une histoire dense, progressive et parfois floue. Le chiffre 11 n’est pas né d’un vote solennel, mais d’une accumulation de choix, de contraintes et d’influences.

Le football que nous connaissons aujourd’hui repose sur une norme ancienne, stabilisée au XIXe siècle en Angleterre. Pourtant, pendant plusieurs décennies, rien n’était figé. Le nombre de joueurs variait, les règles divergeaient, et le jeu cherchait encore son équilibre.
Une origine chaotique avant le football codifié
Bien avant que l’on se demande pourquoi 11 joueurs au football, le jeu de balle collectif existait déjà sous des formes brutes. En Europe médiévale, la soule opposait parfois des villages entiers. Les équipes comptaient des dizaines de participants, sans limite claire, dans une violence assumée. L’interdiction de la soule par le Highway Act de 1835 en Angleterre a provoqué un déplacement du jeu vers des espaces fermés, notamment scolaires.
Dans l’Antiquité, les Grecs pratiquaient l’episkyros, tandis que les Romains jouaient au harpastum. En Chine, le cuju servait surtout d’exercice physique. Aucun de ces jeux ne fixait un nombre précis de joueurs. Le football n’invente donc pas le collectif, mais il va être le premier à le normaliser durablement.
Les universités anglaises face au désordre des règles
Au milieu du XIXe siècle, les universités anglaises deviennent les laboratoires du football. Eton, Harrow, Cambridge ou encore Rugby possèdent chacune leur propre règlement. Certaines autorisent les mains, d’autres non. Le nombre de joueurs varie, souvent entre treize et quinze. Cette diversité empêche toute rencontre inter écoles cohérente.
Les Cambridge Rules de 1848 tentent une première harmonisation. Elles posent des principes communs, mais laissent le nombre de joueurs volontairement flou. Cette absence de consensus montre que la question n’était pas prioritaire. L’urgence était ailleurs, notamment dans la limitation de la brutalité et la définition du hors jeu.
Le premier match interclubs officiel, disputé le 26 décembre 1860 entre Sheffield FC et Hallam FC, se joue à seize contre seize. Ce détail est essentiel. Il prouve que le football organisé ne se pensait pas encore à onze joueurs.
La naissance de la Football Association sans chiffre imposé
En 1863, onze clubs et écoles se réunissent à la Freemason’s Tavern à Londres. Leur objectif est clair. Unifier les règles pour permettre des compétitions régulières. Les débats sont vifs, notamment sur l’usage des mains. Blackheath refuse toute interdiction et quitte la table. Les autres fondent la Football Association.
Les treize lois du jeu adoptées en décembre 1863 structurent enfin le football. Terrain, durée, engagements, fautes. Pourtant, aucun article ne fixe le nombre de joueurs. Les équipes continuent d’évoluer avec treize, quinze, parfois plus. La question reste ouverte, presque secondaire.
Et ce n’est pas tout. Sheffield FC, pourtant membre de la FA, continue d’appliquer son propre code. Sheffield joue déjà à onze contre onze, quand Londres hésite encore. Deux visions cohabitent pendant plus d’une décennie, créant un dualisme réglementaire unique dans l’histoire du sport.
Pourquoi 11 joueurs au football s’impose progressivement
La transition vers onze joueurs ne se fait pas par décret, mais par usage. En 1867, la Surrey FA propose un match à onze contre onze à Cambridge University FC. Refus catégorique. Cambridge exige au minimum quinze joueurs. Cette résistance illustre le conservatisme des institutions universitaires.
Pourtant, les évolutions s’accélèrent. Entre 1867 et 1870, plusieurs règles structurantes apparaissent. La règle du hors jeu à trois adversaires est instaurée. Le poste de gardien de but est officiellement reconnu. Le jeu gagne en clarté et en rythme. Dans ce contexte, onze joueurs offrent un équilibre fonctionnel.
La création de la FA Cup en 1871 agit comme un catalyseur. Cette compétition nationale impose des confrontations régulières. Pour éviter les conflits, un format commun devient indispensable. Le onze contre onze s’impose alors comme référence pratique. En 1877, les codes de la FA et de Sheffield fusionnent définitivement. Le football parle enfin un langage unique.
Les théories expliquant le choix du nombre 11
La question pourquoi 11 joueurs au football n’a jamais reçu de réponse officielle. Aucun procès verbal de la FA ne justifie ce chiffre. Plusieurs théories crédibles coexistent.
La première concerne le cricket. Sport national anglais, il se joue à onze contre onze. Les étudiants pratiquaient le cricket l’été et le football l’hiver, souvent sur les mêmes terrains. Adopter le même effectif facilitait l’organisation. Cette influence est probable, mais non documentée.
La deuxième repose sur une logique mathématique. Avec dix joueurs de champ et un gardien, l’espace est suffisamment couvert sans être saturé. Chaque joueur dispose de quelques secondes pour contrôler, observer et décider. Trop peu de joueurs étirent le jeu. Trop de joueurs l’étouffent. Onze offre un équilibre naturel entre densité et liberté.
Une troisième explication est pragmatique. Onze est un nombre simple, mémorisable, facile à gérer administrativement. Il permet une structuration claire des postes et des responsabilités. Pourtant, cette rationalité n’explique pas à elle seule son adoption universelle.
Enfin, subsiste la légende des dortoirs. Dix étudiants et un surveillant formeraient une équipe, le surveillant jouant gardien. Cette anecdote est séduisante, mais aucune archive ne la confirme. Elle relève davantage du folklore que de l’histoire.
Une règle devenue intangible dans le football mondial
À la fin du XIXe siècle, les règlements précisent enfin que chaque équipe doit aligner onze joueurs. Cette clarification met fin aux ambiguïtés. En 1904, la création de la FIFA à Paris consacre définitivement la norme. Le football devient mondial, mais conserve ce format inchangé.
Aujourd’hui, la Loi 3 du jeu est sans équivoque. Une équipe compte onze joueurs maximum, dont un gardien obligatoire. Le minimum requis pour poursuivre un match est de huit joueurs. Les exclusions ne sont pas compensées. L’infériorité numérique fait partie intégrante de la dramaturgie du football.
Les remplacements ont évolué, passant d’un seul dans les années 1960 à cinq, puis six en cas de prolongation. Pourtant, le onze de départ demeure sacré. Il structure les systèmes tactiques, les feuilles de match et l’imaginaire collectif.
Comparaisons et héritage du chiffre 11
Le football n’est pas isolé. Le rugby union a choisi quinze joueurs. Le rugby league en aligne treize. Le football américain utilise onze joueurs en attaque et en défense. Ces variations montrent que le chiffre n’est jamais neutre. Il façonne le jeu, son rythme et sa lecture.
Le football a conservé onze joueurs depuis plus de cent cinquante ans. Cette stabilité est rare dans le sport professionnel. Elle explique en partie la lisibilité universelle du jeu. Où que l’on joue, le cadre reste identique. C’est une force culturelle autant que sportive.
Ouverture
Pourquoi 11 joueurs au football n’est pas seulement une question historique. C’est une clé pour comprendre l’équilibre du jeu, sa diffusion mondiale et sa longévité. La prochaine étape consiste à se demander pourquoi ces onze joueurs occupent des postes aussi codifiés, du gardien au numéro neuf.
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